Que faisons-nous ?

Nos outils d’appréhension des risques seront bientôt obsolètes. PARI a pour objectifs de comprendre leur émergence, d’identifier leur champ de pertinence et de le mettre en regard de leur utilisation.

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PARI est co-portée par Pierre François et Sylvestre Frezal, qui réunissent une expérience académique et professionnelle forte en matière de régulation financière, de modélisation et de gestion des risques, ainsi que de sociologie des marchés et des organisations et des évolutions de la pensée économique.

Placée sous l’égide de l’Institut Europlace de Finance et Datastorm, elle associe l’ENSAE ParisTech et Sciences Po, institutions académiques leaders respectivement dans le domaine des mathématiques financières et de la sociologie des organisations.

Elle bénéficie de partenariats avec Actuaris, la Financière de la Cité, Generali et le Groupe Monceau, acteurs professionnels diversifiés des secteurs du conseil en actuariat, de la gestion d’actif, de l’assurance et de la réassurance, en prise concrète avec les évolutions et les enjeux de ces activités.

Elle se positionne ainsi au confluent de la réflexion fondamentale et de l’impact opérationnel, pour irriguer analyses et prises de décisions.

Programme de recherche

L’assurance de demain sera modelée par trois ruptures :
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Une rupture réglementaire, avec l’arrivée de Solvabilité 2.
Cette réforme, dont l’objectif était d’améliorer la gestion des risques, repose sur des modèles complexes directement inspirés de ceux issus de la finance de marché. En leur donnant une onction juridique, elle change leur nature : alors qu’auparavant ils étaient un outil éclairant la prise de décision, ils deviennent désormais un pivot de la prise de décision. Désormais le modèle, quelles que soient ses imperfections, dit le vrai, car son résultat devient le dénominateur des ratios de solvabilité et de rentabilité des assureurs.
Outre son coût (plusieurs milliards d’euros de coûts de mise en conformité, plusieurs dizaines de milliards d’euros de capitaux propres à lever, plusieurs centaines de milliards d’euros de hausse des provisions techniques si elle est élargie aux fonds de pension), ses impacts seront massifs, induisant des changements d’allocation d’actifs des assureurs ayant un impact considérable sur le financement de l’économie et entraînant une évolution significative du mix produit des assureurs et du design technique des produits d’assurance.

• Une rupture financière, avec un environnement de taux bas.
Alors que les assureurs ont vécu pendant des décennies avec des taux de rendement obligataires de 5 ou 10%, fournissant un matelas pour absorber les chocs et une source de revenus significative, le monde entre dans une ère possiblement durable de taux bas. Au delà de la distorsion que cela génère entre revenus techniques et revenus financiers des assureurs, au delà de la remise en question de la viabilité de certains produits sous leur forme actuelle, ceci rend particulièrement aigüe la question du pilotage des compagnies d’assurance. Ainsi, c’est tout l’équilibre actif-passif qui est bouleversé en profondeur et cette situation pourrait exiger une refonte de nos outils d’appréhension et de gestion dans le temps de cet équilibre

• Une rupture technologique, avec l’arrivée du big data.
Ceci permettrait d’affiner considérablement nos capacités d’anticipation, générant un glissement du rôle de l’assureur d’une dimension avale, d’indemnisation, vers un positionnement amont, sur la prévention. Ceci passe par un changement de la vision que les assureurs portent sur le risque d’autrui puisque, dans un nouveau rôle de conseil personnalisé, il devra être en mesure d’appréhender le risque tel que vécu par l’assuré, c’est-à-dire se réalisant ou ne se réalisant pas, et non tel qu’historiquement appréhendé par l’assureur, c’est-à-dire se réalisant statistiquement.
Au delà, la segmentation du tarif pourrait être affinée jusqu’à une individualisation, avec la question de la pertinence d’un tel tarif et de sa vitesse d’obsolescence.

Ambition :

Dans ce cadre, PARI a pour objectif de comprendre comment nos outils conceptuels et opérationnels permettent de penser le risque dans ce nouveau contexte.
Le programme de recherche mobilisera et articulera pour cela des outils épistémologiques et sociologiques.

Il s’intéressera par exemple aux questions suivantes :
• quelle porosité entre modèle de risque et risque de modèle, quelle est la pertinence opérationnelle des modèles de risque ?
• quelle source d’objectivité des modèles de risque, quelle est la pertinence micro et macro d’une régulation risk based ?
• quelle est la pertinence des grandeurs statistiques pour appréhender les risques ?
• comment les modèles de gestion des risques financiers ont-ils émergé ?

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Champs d'impact

Les recherches produites par PARI s’attachent à éclairer trois champs :

Régulation prudentielle :
• régulation et optimisation du design technique : robustesse intrinsèque et conséquences collatérales
• supervision et critères de déploiement : jugements d’experts et level playing field

Pilotage des sociétés d’assurance :
• appropriation du nouveau cadre dans le pilotage de la rentabilité et de la solvabilité
• critique et développement d’outils d’allocation stratégique pour les investissements

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Solutions d’assurance :
• appréhension des risques par l’assuré et « juste prix » de l’assurance
• marché de l’assurance du futur : acteurs, régulation du contrat

Projets en cours

Responsabilité, reconnaissance et autonomie : les dynamiques de la profession d’actuaire au cœur des évolutions du secteur de l’assurance

Mené par Olivier Pilmis et Carine Ollivier
En ayant pour objectif d’améliorer la gestion des risques en s’appuyant sur des modèles complexes inspirés de la finance de marché, Solvabilité II a jeté un coup de projecteur sur une profession méconnue en dehors du secteur de l’assurance : la profession d’actuaire. A leurs fonctions traditionnelles de tarification et de calcul des provisions s’ajoutent ainsi aujourd’hui des fonctions de garantie de l’exactitude des hypothèses, données et calculs liés aux exigences de capital, ou de gestion des risques. Or cette mise en avant n’est pas sans effets sur la dynamique de la profession dont les représentants s’interrogent sur les responsabilités, la reconnaissance et le degré d’autonomie qui seront attachés à ces nouvelles fonctions. Ces questions sont depuis longtemps au cœur des recherches en sociologie des professions dont les outils pourront être mobilisés pour analyser les évolutions dans lesquelles est aujourd’hui prise la profession d’actuaire. Par ailleurs, la position des actuaires dans les firmes du secteur assurantiel pose avec acuité la question du modèle professionnel prévalant au sein des organisations, jusqu’ici peu traité dans la littérature sur les professions.

Nous proposons ainsi d’analyser les dynamiques de la profession d’actuaire en s’intéressant non seulement aux trajectoires des professionnels, au travail qu’ils accomplissent et à l’évolution de leurs fonctions, mais également en interrogeant la trajectoire du groupe dans son ensemble, ses modes de représentation et les rapports de collaboration et/ou de concurrence qu’il entretient avec d’autres groupes. Ces dynamiques seront appréhendées à partir de plusieurs points d’entrée : les carrières individuelles, les firmes (sociétés d’assurance et cabinets de conseils), les formations et les associations professionnelles.

Impacts :
• Fondamental : compréhension des dynamiques des professions au sein des organisations
• Direct : analyse de la recomposition des espaces professionnels du secteur assurantiel

Pourquoi utilisons-nous des outils « même pas faux » ?

Mené par Pierre François et Sylvestre Frezal
Les premiers travaux publiés par la chaire montrent que des technologies performantes pour gérer l’hétérogénéité sont désormais utilisées en dehors de leur champ de pertinence, pour gérer l’aléa. Par exemple, les outils dits de « gestion des risques » développés par les institutions financières ont fait la preuve de leur efficacité en matière de tarification, lorsqu’ils décrivent l’hétérogénéité de la clientèle de ces institutions. En revanche, ils ne sont pas fiables opérationnellement lorsqu’il s’agit d’appréhender les dangers auxquels sont exposées les institutions financières, tels qu’une crise financière.

Notre objectif est désormais de comprendre pourquoi, bien que les outils statistiques ne soient pas pertinents pour appréhender le danger, leur usage à cette fin s’est largement répandu (allocation d’actifs, théorie de la décision, régulation prudentielle, etc.). Nous explorerons notamment trois hypothèses candidates à l’explication de cette pratique : la coercition (ces outils seraient imposés à leurs utilisateurs par des acteurs extérieurs), la légitimité (ces outils bénéficieraient par exemple de comportements mimétiques) et la fonctionnalité (ces outils, bien que faux, seraient utiles aux experts et décideurs, par exemple pour se protéger des critiques).

Impacts :
• Fondamental : comprendre les déterminants d’une utilisation généralisée d’outils d’aide à la décision vides de sens
• Direct : comprendre quelles propriétés ou modalités d’implémentation seraient favorables au déploiement des outils alternatifs.

Emergence de Solvabilité 2

Mené par Pierre François
Les différents segments du secteur financier ont vu les principes qui fondent leurs régulations être profondément modifiés au cours des quarante dernières années : aux modifications très sensibles de la régulation des marchés financiers états-uniens, au début des années 1980, répond le « big bang » du marché boursier français et, plus généralement, européen ; les principes définis dans les réformes successives de Bâle I, Bâle II et Bâle III ont profondément amendé la régulation du secteur bancaire. Ces réformes des activités financières trouvent comme un écho dans l’adoption des normes comptables IFRS à partir du milieu des années 2000. A cet égard, l’adoption de Solvabilité II peut, de prime abord au moins, se lire comme la prolongation, tardive et radicale, de principes déjà mis en œuvre dans d’autres secteurs d’activité.

C’est aux modalités de la définition de Solvabilité II : aux acteurs qui la portent, aux intérêts qui la motivent, à la temporalité qui la scande que ce volet de notre recherche est consacré. Il s’attachera à mettre au jour les négociations qui ont présidé à la définition de Solvabilité II et de ses amendements successifs, en retraçant en particulier les interactions entre les acteurs privés (entreprises capitalistes ou mutualistes, cabinets de conseil, groupes professionnels) et publics (régulateurs, superviseurs, commission européenne) et entre les niveaux nationaux et européens.

En retraçant les modalités de construction de cette réforme majeure du secteur assurantiel, nous serons en mesure de saisir ses principes fondateurs et l’architecture qui la construit.

Impacts :
• Fondamental : compréhension de la construction de la régulation financière et du fonctionnement des institutions européennes
• Professionnel : capacité de positionnement de long terme dans les débats d’idées

Framing Negative Possibilities: what does Risk Management manage?

Mené par Anne van der Graaf
After the crisis of 2008, public cries have been raised again and again to increase the control on risk taking in the financial sector. Regulation on risk management has changed after the bank failures but it is unclear what this risk management entails. Research on financial risks in finance has mainly focused on the theoretical side of risks in financial markets while financial market research in the social sciences has left risk on the side when looking at profit. Since theoretically risk and profit are linked, the question needs to be raised how risk, profit’s shadow is managed in practice.

On the basis of concepts of legitimacy, control and interdependencies the topic of financial market risk is tackled. Using ethnographic and socio-metric methods, this research studies the risk management in larger financial institutions as banking and insurance. Since risk management is inherently based on the organization as well as regulation that constraints it, it is at the crossroads of organizational life, regulation and financial markets.

The objective is to contribute to a further understanding of the social world that is financial risk management.

Projets menés

Aléa & hétérogénéité : au-delà de l’unicité mathématique

Mené par Sylvestre Frezal
Les débats sur la nature des probabilités ne sont plus vifs et le contexte opérationnel permet de choisir entre une vision fréquentiste et une vision bayésienne. En revanche, les technologies développées à partir des probabilités reposent sur des concepts mathématiques (espérance, quantiles, etc.) qui décrivent indifféremment des phénomènes de nature différente : l’aléa et l’hétérogénéité.

La porosité de ces deux types de phénomènes est manifeste, par exemple en théorie des sondages. Toutefois, cette unicité formelle peut flouter la pertinence d’un modèle de risque, fausser des interprétations de grandeurs statistiques faussement intuitives, et rendre ambigüe la quantification opérationnelle de mesures mathématiquement univoques.

Dans ce cadre, nous nous intéresserons par exemple à la porosité entre aléa de mesure et mesure d’aléa d’un point de vue théorique et opérationnel, ou encore à la pertinence de la notion de prime pure du point de vue de l’assuré.

Impacts :
• Fondamental : théorie de la décision
• Direct : pertinence des outils stochastiques : réglementation, analyse financière, gestion des risques financiers

L’assurance de demain

Projet de réflexion prospective mené par Côme Berbain et Elisa Salamanca, dans le cadre de leur MBA-MPA à Mines ParisTech
(pilote : Sylvestre Frezal)
Au delà des enjeux de pilotage (nouveaux contextes réglementaire et financier à maîtriser), l’assurance de demain sera modelée par les évolutions business qui débutent. Celles-ci résulteront massivement des transformations techniques, économiques et sociétales liées au digital. Ainsi, Axa revendique y consacrer des centaines de millions d’euros d’investissements et installe un laboratoire dans la Silicon Valley ; Allianz mobilise un TGV pour sillonner la France et faire découvrir le numérique du futur ; Generali lance un partenariat mondial avec la rising star Discovery et ses outils connectés… Tous les ténors de l’assurance se positionnent ainsi sur les technologies du futur. Avec un leitmotiv : le big data, et une crainte : les GAFA.

Toutefois, ces évolutions restent encore très difficiles à appréhender, tant dans leurs potentialités que dans leurs conséquences. Dans ce cadre, ce projet de réflexion prospective s’efforcera d’identifier comment vont évoluer les marchés de l’assurance non vie à horizon 10 ans et quels en seront les acteurs et leur stratégie.

Ceci devrait contribuer à l’identification et la priorisation des enjeux pour les assureurs, entre développements techniques, évolutions organisationnelles, ou encore adaptations humaines.